MALAISE – Déjà affaibli par le report des blockbusters américains, le secteur craint maintenant celui des gros films français à venir. Et espère donc obtenir un aménagement face au couvre-feu.

Le cinéma français fait de la résistance… mais jusqu’à quand ? Au lendemain de l’annonce par Emmanuel Macron de la mise en place d’un couvre-feu de 21h à 6h à Paris et plusieurs grandes agglomérations, à partir de samedi, c’est la panique à tous les étages. Dans un communiqué, la Fédération nationale des cinémas français (FNCF) dénonce « une décision aux conséquences extrêmement graves pour la filière », les séances en soirée représentant de 40 à 50% de la fréquentation. Et par conséquent de leur chiffre d’affaires.

Avant la prise de parole de Jean Castex, ce jeudi, nos confrères du Monde évoquaient l’hypothèse d’un aménagement permettant aux spectateurs de quitter la salle à 21h et de pouvoir présenter leur ticket en cas de contrôle. « Il faut qu’on l’étudie », s’est contenté de déclarer le Premier ministre, sans plus de précision. Au risque de plonger le secteur dans une nouvelle zone de turbulences ?

Une fréquentation déjà en chute libre

Avec une chute de fréquentation de 63,5% sur les huit premiers mois de 2020 par rapport à la même période de l’an dernier (chiffres CNC), les exploitants ont enchaîné les mauvaises nouvelles depuis la fin de l’été. Attendu comme le sauveur, Tenet de Christopher Nolan distribué par Warner n’a pas réalisé par le raz de marée escompté, avec moins de 2,3 millions de spectateurs à ce jour.

Fin septembre, les studios américains ont repoussé toutes leurs sorties mondiales jusqu’à la fin de l’année, préférant attendre la réouverture encore hypothétique des salles outre-Atlantique dans les grandes villes comme New York et Los Angeles. Pire : Disney a décidé de se passer des salles obscures et de réserver Mulan et Soul, deux films familiaux, aux abonnés de sa plateforme de streaming.

Pour maintenir l’activité ces dernières semaines, les salles ont pu compter sur plusieurs films français porteurs comme la comédie Les Blagues de Toto, qui vient de franchir la barre du million d’entrées, Antoinette dans les Cévennes qui, porté par un excellent bouche-à-oreille, a déjà dépassé les 600.000 entrées en un mois ou encore Effacer l’historique avec plus de 500.000 entrées.

Vers un report des grosses productions françaises ?

S’ils sont contraints de supprimer les séances du soir, les exploitants craignent que plusieurs sorties très attendues dans les prochaines semaines soient décalées jusqu’au retour d’une activité complète. On pense notamment à Adieu les cons d’Albert Dupontel et Aline de Valérie Lemercier, deux films dont la Gaumont devrait décider du sort dans les prochaines heures. Le premier devait sortir mercredi prochain. Le second avait avancé sa sortie au 11 novembre pour profiter du retrait de Mourir peut attendre, le nouveau James Bond.

Se pose également le cas des films sortis ce mercredi comme 30 jours max de Tarek Boudali, The Good Criminal de Liam Neeson ou le film d’animation Trolls 2, l’une des rares nouveautés américaines maintenues depuis la rentrée ? À partir de samedi soir, ils pourraient être amputés d’une moitié de leurs spectateurs. Leurs distributeurs pourraient-ils les retirer des écrans dans l’attente de jours meilleurs ?

Chez MK2, pas question d’attendre un hypothétique aménagement du couvre-feu par le gouvernement, à 48 heures de sa mise en place. Le réseau qui compte 10 cinémas à Paris, a annoncé ce jeudi après-midi sa décision d’ouvrir ses salles dès 8h du matin, à tarif réduit, afin de compenser la perte de chiffre d’affaires à venir.